Si le négociateur français à Evian, Robert Buron, prédisait des lendemains terribles « les jours qui viennent vont être des jours de folie et de sang », force est de reconnaître que cette terreur et ces massacres qui se sont abattus sur l’Algérie entre mars et juillet sont la conséquence du système colonial. La décolonisation – la guerre d’Algérie, s’est terminée à l’image de la colonisation- la conquête : dans la terreur et les massacres. En désirant la Puissance au détriment de la Justice, la République s’est fourvoyée en faisant corps avec l’Empire. L’impérialisme français dénaturait le message universel de la France de 1789. Ce qu’il faut reconnaître et Pierre Nora le souligne très bien dans son ouvrage « Les Français d’Algérie, p. 99 » écrit suite à son séjour à Oran (Algérie) comme professeur d’Histoire dans les années 60, qu’effectivement « toute l’Algérie n’était pas fasciste, tous les français ne sont pas ultras, toute l’armée ne torture pas. Mais le fascisme, les Ultras, la torture sont la France en Algérie ».
Dans cette histoire de colonisation-décolonisation, des Algériens en tant qu’indigènes ont servi la France en 1870, 1914 et 1939 et ont contribué à construire la France ; des Français d’Algérie ont passionnément aimé l’Algérie et dont certains ont lutté avec les Algériens contre le colonialisme : avec tous ces sacrifices consentis et les souffrances endurées, les deux peuples ont-ils pu écrire une histoire nouvelle ?
Le tableau qui s’offre à nous, des deux côtés de la Méditerranée, nous interroge : cette guerre est-elle finie ?
En Algérie. Le Hirak populaire du 22 février 2019 revendique une nouvelle fois l’Indépendance. Aucun peuple dans l’histoire contemporaine n’a revendiqué deux fois dans son histoire son indépendance. Après les Accords d’Evian, pour les Algériens, comme l’a écrit Henri Alleg, il fallait tout remettre en route, « panser les plaies, construire l’Etat, élaborer un plan pour liquider toutes les séquelles du colonialisme, jeter les fondations de l’Algérie nouvelle ». La réalité est toute autre. Et l’Algérie nouvelle est à l’image de l’Algérie colonisée. Une oligarchie militaire a fait main basse sur l’Algérie et ses richesses et s’impose par le fer et le sang. Les Algériens, encore une fois, au lieu d’être gouvernés sont occupés. Le présent mime le passé : l’équation militaire-civil s’est substituée à celle du Colon-indigène. Le parti militaire a pris la place du parti colonial. Hier les Français d’Algérie et les Français musulmans d’Algérie ; aujourd’hui, l’Algérie des Généraux et l’Algérie du peuple. Et pour l’Algérien du peuple, derrière l’Algérie des Généraux, le spectre de la France coloniale. Une nouvelle fois, le peuple algérien, opprimé et méprisé, veut reconquérir sa liberté et lutte pour fonder une Algérie libre, démocratique, populaire et sociale.
Qu’en est-il de la France ? 61 ans plus tard, le spectre de la guerre d’Algérie hante la France. La présidentielle de 2022 s’est faite sur le thème de la France en question. Et à chaque rendez-vous électoral majeur, s’invite l’histoire coloniale et fait débat. En 2022, cette question fut centrale, et le temps d’une campagne, la France s’est ZemMourisée. La peur du Fellaga et de l’arabe des années 50 a pris le visage du terroriste et du musulman. Des vois fortes, des voix justes se sont élevées et soulevées contre la présence française en Algérie en condamnant le colonialisme dans les années 50-60 (Jean-Paul Sartre, Henri Alleg, Jules Roy, Pierre Nora….), il est paradoxal de voir et d’entendre, 61 après, des voix qui continuent à glorifier le passé et à clamer que la République se portait mieux quand elle avait un Empire. Si la France entend parler encore au Monde et s’enchâsser définitivement dans l’esprit de la Déclaration universelle des Droits de l’homme qu’elle se libère de ces voix qui menacent sa cohésion sociale en considérant l’Islam comme une religion étrangère à son histoire et les musulmans comme un corps étranger et menaçant pour la République. Ce discours comme le fût celui des Zélotes de l’Algérie française assombrit l’avenir.
Comme dans les années 50, des voix se soulèvent et s’inscrivent dans le même combat mené par Maurice Audin. En Algérie, depuis 2019, le Hirak populaire, l’un des plus beaux soulèvements populaires de cette nouvelle décennie lutte contre l’Algérie des Généraux.
Le combat de l’Algérie du peuple est un combat juste. Comme dans les années 50, soutenir le Hirak populaire est la cause de tous les hommes libres. Ce n’est pas de l’ingérence mais un devoir moral.
Hier, en luttant avec le peuple algérien, les Français et les Algériens se sont libérés du système colonial, aujourd’hui en étant solidaire avec le Hirak populaire, les Algériens et les Français se libéreront de la Francealgérie qui se dresse contre l’émancipation des deux peuples.
A cette condition, et à cette seule condition que les deux peuples peuvent écrire une nouvelle histoire.
Mahmoud Senadji
Algérie du Peuple
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