LES CARTES POSTALES NOUS PARLENT DU MOIS DU RAMADAN, tel que l’ont décrit certains auteurs.
Bulletin de la Société de Géographie de Toulouse, février 1946, page 8 :
« La nouvelle lune du Ramadan est guettée par de pieux observateurs mandatés à cet effet par l’autorité religieuse : dès que l’un d’eux a aperçu le mince croissant, il le télégraphie à qui de droit et une salve de coups de canon annonce que la grande épreuve est commencée. Dès lors, chaque matin, à partir du moment où l’on peut distinguer un fil blanc d’un fil noir, jusqu’au coucher du soleil, tout musulman doit s’abstenir complètement de manger, de boire et du rapprochement des sexes. En principe, le commerce et les voyages doivent également cesser et la machine gouvernementale tomber en sommeil. Il en était ainsi quand les croyants étaient moins mélangés aux roumis et moins intéressés à leurs affaires. Étaient seuls dispensés de jeûne, à l’origine, les voyageurs surpris au cours de leur déplacement, les femmes en couches et les militaires en campagne ».
« Pour enlever toute hésitation aux personnes ayant mauvaise vue ou se trouvant dans un lieu obscur, un coup de canon annonce le matin, le début du jeûne ; un deuxième annonce sa fin ; un troisième coup retentit dans l’obscurité deux heures avant le premier pour inviter les fidèles à se restaurer abondamment ».
Isabelle Eberhardt écrit depuis le sud-Oranais (Notes de route, Maroc, Algérie, Tunisie, page 150, parues en 1908 chez Barrucand) : « Depuis le matin, les gens errent, roulés frileusement dans leurs burnous, au milieu du désarroi de leurs habitudes. D’autres s’affalent au pied des murs, en des poses farouches et maussades. Des querelles éclatent dans l’énervement des heures pesantes… Enfin le jour baisse. Alors les groupes se forment, dans les rues du village, pour l’attente tout à coup gaie et impatiente des derniers instants. Tous les regards se tournent vers l’Ouest, vers les vallées de pierre noire et les montagnes dentelées du Maroc, où le soleil descend, se plongeant peu à peu dans un monde de vapeurs cuivrées. Ils sont beaux, les gens du Sud au costume sévère, debout dans la buée de sang qui semble monter de la terre rouge, et leurs ombres s’étendent, démesurées, sur la poussière qu’ils foulent lentement. Dans les cafés maures, les garçons, une fouta bariolée autour des reins, en guise de tablier, posent les tasses pleines devant les musulmans qui roulent des cigarettes. Ce sont les derniers instants d’attente les plus fébriles. Sur les visages pâles et tirés, l’ombre de l’ennui s’efface. Des rires s’élèvent, des plaisanteries… Maintenant, le soir s’éteint dans la nuit violette et les choses prennent des teintes bleues, des teintes profondes et froides. Alors, de très loin, des ruines d’un ksar, du fond de la vallée, une voix monte, lente et mélancolique ; c’est le moueddhen qui annonce la prière du maghreb et la rupture du jeûne. […] Ces dernières heures du soir, en Ramadhane, ont leur charme. Une atmosphère d’intimité fraternelle, inusitée, règne dans les cafés maures… Et moi, dans mon coin, je me mets à évoquer en silence les visions d’autres Ramadhane passés, vieux déjà de plusieurs années, en différents coins de la terre élue… Ce sont les décors discrètement sensuels de Tunis, la fièvre d’Alger troublée, puis le pays splendide et fanatique de l’Oued-Souf, les petites cités à coupoles disséminées dans l’Erg ardent ».
Les cartes postales de ce diaporama nous montrent également la PREPARATION du COUSCOUS dans les pays du Maghreb et dans une partie de l’Afrique Noire où le couscous, consommé depuis des siècles, est préparé à base de semoule de mil. Une longue préparation consistant pour les femmes à piler les grains de mil avec force, dans un mortier, à l’aide d’un pilon en bois. Dès l’âge de cinq ans, les petites filles ont déjà appris ce travail. La farine obtenue est vannée dans un panier rond, parfois trois à quatre fois afin d’égrener convenablement le mil. La farine de mil est ensuite roulée à la main dans une calebasse puis cuite à la vapeur dans un couscoussier en terre. Parfois, dans le Sahel, après le roulage de la farine de mil, le couscous obtenu est étalé pendant toute une nuit avant d’être cuit à la vapeur.
Léon l'Africain raconte en 1896 dans sa Description de l'Afrique (A. Épaulard, Adrien Maisonneuve, 1981, pp. 208-209) : « L’hiver on mange de la viande bouillie avec un mets qu'on appelle cuscusu, qui se fait avec de la pâte réduite en grains de la grosseur de la graine de coriandre, grains que l'on fait cuire dans une marmite trouée qui reçoit la vapeur d'une autre marmite. On mélange cette pâte cuite avec du beurre et on l'arrose de bouillon. [...] Quand les Africains mangent le cuscusu, tous les convives puisent dans le même plat et prennent le cuscusu sans cuillère ».
Martine Laurence Poinsot - 2022
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