Bizerte est construit sur le bord occidental d’une vaste baie s’enfonçant profondément dans les terres par un goulet de 1 km500 de long et dont l’entrée est protégée contre l’ensablement par deux jetées-digues s’avançant obliquement à la rencontre l’une de l’autre, mais laissant entre elles une ouverture de 700 mètres. Là, s’élevait autrefois la ville phénicienne d’Hippo Diarrythus, surnom d’origine grecque qui peut être la transcription d’un nom phénicien, appliqué à la ville en raison du canal qui la traversait. Hippo Diarrytus fut pris par Aghatocle, le seul tyran de Syracuse devenu roi de Sicile. Il fit cause commune avec les mercenaires contre Carthage, et devint colonie dans les premiers temps de l’empire. La ville, alors désignée sous le nom de Benzert fut conquise par Moaouaï en 661. Plus tard, l’hafside El Mostancir y fit construire des palais et aménager des jardins.
A la fin du 15ème et au 16ème s., des Maures expulsés d’Espagne s’y établirent et constituèrent un quartier des Andalous, au nord de la vieille ville. Bizerte, comme Tunis, se soumit au protectorat espagnol après l’expédition de Charles-Quint en 1535, mais pour s’en affranchir bientôt. De 1620 à 1642, le dey Youssef restaura le fort Sidi Salem et le dota de quatre belles fontaines.
Bizerte fut bombardée par une flotte française en 1770 et par une flotte vénitienne en 1785.
Les cartes postales nous font visiter la Bizerte ancienne « qui, lors de l’occupation française, subit des transformations radicales. L’ancienne ville, installée le long des rives du canal émissaire du lac abritait une agglomération indigène. Le canal se divisait en deux bras entourant une petite île ; en amont, des bordigues en roseaux, où se pratiquaient des pêches miraculeuses, le barraient dans toute sa largeur. Un mur d’enceinte, flanqué à l’embouchure du canal d’une massive Kasba et dominé au nord par le Fort d’Espagne, entourait le tout. Le canal fut comblé presque totalement et l’île réunie à la terre ferme ».
Dès 1891, un contrat avait été passé avec la Compagnie du Port de Bizerte pour le creusement d’un canal permettant l’entrée dans le lac des grands vaisseaux de guerre. Le rachat d’une partie des privilèges conférés à la compagnie fut opéré en 1906. Le plus gênant de ces privilèges était le monopole de la pêche que la compagnie exerçait au moyen d’un barrage grillagé, long de 1 km 200, établi à l’extrémité amont du Goulet, où il constituait une entrave permanente aux évolutions des navires de guerre. La communication entre les deux rives du canal fut assurée par un bac automoteur gratuit.
Le voyageur Charles Lallemand écrit en 1893 : « L’ancienne ville, coupée de canaux, était une sorte de Venise barbaresque. Le grand canal a été conservé pour servir de darse aux petits bateaux ; mais des raisons d’hygiène publique ont fait combler le plus petit, sur lequel un pont en pierre garde encore son allure vénitienne. Quelques jolies fontaines, un souk en tunnel sur le bord du quai, les blanches et imposantes murailles crénelées de la Kasbah reflétées dans le grand canal et d’intéressants minarets sont les curiosités de la ville arabe, dominée par un vieux fort espagnol. »
Un autre voyageur, E. Barillon écrit en 1896 : « Aujourd’hui, ces canaux sont presque comblés ; un seul tronçon à l’entrée de la mer existe encore ayant à sa gauche la kasbah, et à sa droite la ksiba (petite kasbah), sorte de vieille forteresse. La ksiba porte aussi le nom de Bordj es-sensela (bordj de la chaîne) parce qu’une chaîne de fer de vingt mètres tendue entre la kasbah et la ksiba, servait autrefois à fermer le port. »
Bonne visite !
Martine Laurence Poinsot – 2022
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