Jacques Rebotier
Requiem [1993-1994]
pour 7 clarinettes, accordéon, cymbalum, 7 voix, 7 morts, chœur d'enfants et soprano solo. Écrit sur le texte latin de l'Office des morts, avec pour la Secrète un texte original de Valère Novarina.
durée totale 68' 43"
Création au Festival Musica Strasbourg, le 24 septembre 1994
I. Introit, 5’23’’
II. Kyrie, 8’57’’
III. Graduel : Miserere, 11’41’’
IV. Dies Iræ, Lacrimosa 7’01’’
V. Offertoire : Domine, Hostias, 6’25’’
VI. Sanctus, 4’45’’
VII. Benedictus, Secrète, 6’45’’
VIII. Agnus Dei, 5’22’’
IX. Communion, 12’23’’
http://www.rebotier.net/compositeur
Françoise Kubler, soprano
Pascal Contet, accordéon
Gaston Sylvestre, cymbalum
Ensemble Les Jeunes Solistes composé de:
Isa Lagarde, Claire Talibart, sopranos
Sandra Raoulx, mezzo-soprano
Éric Raffard, Jean-François Chiama, ténors
Arnaud Marzorati, Jean-Louis Paya, barytons
Ensemble Accroche Note composé de:
Armand Angster,
Laurent Berthomier,
Sylvie Brucker,
Jean-Marc Foltz,
Anne Kelhetter,
Thierry Perrout,
Denis Tempô, clarinettes
Maîtrise de Dijon, Alain Chobert, direction
Rachid Safir, direction musicale
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Note de l’auteur,
Regardant pleine face le rituel chrétien des morts, on est saisi de cet étonnant programme : transire de morte ad vitam. Aller au rebours du temps, rien de moins.
Hommes - ou musiciens, par délégation de jeu -, qui n'a pas rêvé de retourner, rebrousser, renverser, distendre, étirer, rétrécir, altérer, tordre le coup, les mains, les pieds du temps, faire la peau du temps ? Être maître de la durée, ou du moins de son écoulement ; ou du moins de la perception de son écoulement.
Compositeurs, nous rêvons tous du temps qui s'arrête, de la note qui tue, de la musique dont on ne se relève pas.
Comme la langue des Inuits distingue de nombreuses sortes de neige, l'Office des morts connaît trois éternités. Aeternus, c'est l'éternité hors-temps, absolue. Per-petuus, "qui s'avance d'une manière continue", c'est l'infini (et l'incommencé) de la durée. Dieu est éternel et le monde perpétuel, dit Boèce. Perpetuus n'a ni commencement ni fin. Aeternus est au-delà du temps, instant immobile qui n'appartient qu'au Un. Sempiternus relève à la fois la temporalité de Perpetuus et de l'unicité de Aeternus : sem, c'est le "un" de l'indo-européen, qui donnera le "én" grec. Sem-per, "toujours", c'est le prolongement de "un", sa répétition indéfinie. Quelque chose comme "une fois pour toute". Sans fin, dit "perpetuitas". Pour toujours, dit "sempiternas". À jamais, tranche "aeternitas".
Ces éternités-là sont déjà des musiques. Immobilité statistique de l'hors-temps. Temps bouclé de la répétition. Durée infinie du chant ferme. Et aussi ce travail sur le temps que sont la fulgurance, l’instantané, l'interruption de l'interruption, coupage généralisé des paroles, certaines de ces apnées qui précèdent l'attaque d'un chanteur, ou un éternuement, ou la "petite mort", le hoquet, l'accéléré/décéléré, le prestissississimo contre le lentissississimo, où se retrouvent l'imperception des formes, les glissements progressifs, où se jouent l'ambiguité des matières (et qui s'en trouvent comme désincarnées), le passage de relais, la rétrogradation, la récurrence, le flash-back, le précipité...
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Cet enregistrement a été réalisé à Dijon, église du Sacré-Cœur, les 3-4 novembre 1995
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