Hans Silvester et la très humaine nature
A l'été 2024, le Museon Arlaten a produit dans le cadre du programme "Arles associé" des Rencontres de la photographie une exposition autour du grand photographe allemand, passé notamment par l'Agence Rapho. Les jeux de boules, mais aussi tout l'art de vivre qu'ils expriment sont au centre du propos, mais sur ce sujet de jeunesse comme dans toute son oeuvre, Hans Silvester se singularise par une approche patiente, empathique et esthétique qui sont sa signature. Voici l'entretien diffusé dans le cadre de l'exposition, qui relate toute son approche artistique et revient sur tout un parcours de vie.
C’est dans les années 1960 que Hans Silvester est arrivé en Provence où il a découvert la place capitale de la pétanque dans les villages du Luberon. Plus qu’un simple jeu, la pétanque est un rendez-vous. Les joueurs et ceux qui les regardent communient lors d’instants suspendus, témoignages d’un art de vivre, que saisit au vol le photographe.
“Ce jeu est un élément essentiel de la culture provençale. C’est un moment où la philosophie, la fantaisie et la poésie se rejoignent…” Hans Silvester.
Né en 1938 à Lörrach, en Allemagne, Hans Silvester est un infatigable arpenteur du globe terrestre. Lauréat en 2022 du Prix International Planète Albert Kahn, il fait partie de la grande histoire du photojournalisme : il rejoint l’agence Rapho en 1965 où il cotoie Robert Doisneau, Willy Ronis, Sabine Weiss ou encore Edouard Boubat ; il collabore également avec des magazines internationaux comme Géo, dont il réalise en 1977 la première couverture ou Paris-Match.
Fasciné par la force comme par la fragilité de la nature et des humains, il consigne, de l’Ethiopie à l’Amazonie, les ravages que subit l’environnement mais aussi la vie des peuples qu’il rencontre. Même lorsqu’il s’agit de dénoncer, Hans Silvester porte toujours une attention particulière à la beauté des clichés qu’il ramène.
Le travail de jeunesse présenté dans cette exposition témoigne de l’attrait ressenti par le photographe lors de ses premières explorations en Provence où il remarque l’omniprésence du jeu de boules. Au cours des années 1970, cet allemand qui, tout gosse, rêvait des chevaux de Camargue et lisait Giono, se concentre sur cette activité ludique, emblème de la sociabilité masculine et méridionale. Entre deux voyages, la Provence où Hans Silvester s’est installé au début des années 60 avec son épouse Dora, offre avec « les boules » une parenthèse et un sujet au long cours.
“Descente au paradis”
L’exposition présente une sélection extraite du corpus réalisé par Hans Silvester, principalement dans le Vaucluse et dans les Bouches-du-Rhône, des années 60 à 80. Elle valorise l’aspect théâtral de cette pratique. Les décors sont multiples, ruraux ou citadins, nécessairement ombragés : toute une géographie pour partie disparue est arpentée. La dramaturgie est omniprésente, gestes de dépit ou accolades, sans lesquels la partie de boules méridionale perdrait sa saveur. La scène est complétée par le public, la « galerie », qui observe la partie et commente les beaux gestes.
Avec Viser juste, la prouesse photographique répond à la précision du joueur de boules. Avec son art patient et son sens de l’instant, Hans Silvester nous convie à regarder ces hommes, mais aussi ces femmes, ces enfants, concentrés et sérieux dans le jeu, un fragment de la Provence telle qu’il la voit, l’imagine et la décrit depuis sa première « descente au paradis », il y a plus de soixante ans.
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