Algérie, Berbère, Kabylie
Nichée au cœur du massif du Djurdjura, la commune de Beni Yenni, également appelée Ath Yanni en kabyle, brille par son histoire et son talent artisanal, mais aussi par une page méconnue de son passé : celle des faussaires ingénieux et audacieux qui, entre 1750 et 1827, défièrent l’autorité ottomane avec une ingéniosité défiant les limites du possible.
À cette époque, l’Empire ottoman régnait sur une partie de l’Algérie, imposant des taxes écrasantes et exerçant une pression fiscale sans relâche sur les populations locales. Mais les habitants de Beni Yenni, maîtres incontestés de l'orfèvrerie, ne se résignèrent pas à subir. Armés de leur savoir-faire légendaire, ils se mirent à produire des pièces de monnaie contrefaites, aussi éclatantes que les véritables dinars frappés par la régence d'Alger.
Avec des outils méticuleusement conçus – moules, matrices, et techniques d’artisanat sophistiquées – ils parvinrent à reproduire non seulement les monnaies locales, mais aussi celles des royaumes voisins, jusqu’en Egypte. Leur travail était si minutieux que même les experts peinaient à distinguer le vrai du faux. Ces contrefaçons devinrent rapidement un outil de résistance économique, utilisé pour payer les lourds impôts imposés par la régence, frappant ainsi au cœur du système financier ottoman.
Les activités des faussaires prirent une ampleur spectaculaire, inondant les marchés du Maghreb et provoquant une véritable crise économique. Le dey d’Alger, alarmé par l’effondrement de la confiance dans la monnaie, ordonna une vaste répression. Des faux-monnayeurs furent traqués, arrêtés sur les marchés, et menacés d’exécution. La situation devint critique, mais les artisans de Beni Yenni ne cédèrent pas sans conditions.
Face à l’ultimatum du dey, les habitants d’Aït Larbaa, l’un des villages de Beni Yenni, choisirent de sauver leurs frères arrêtés en remettant leurs outils de fabrication et en s’acquittant d’une forte amende. Pourtant, leur réponse au dey resta gravée dans la mémoire collective. Lorsqu’on leur proposa des terres fertiles dans la plaine de la Mitidja pour mettre fin à leur activité, ils déclarèrent fièrement :
« Nous sommes les fils du Djurdjura et nous saluons chaque matin ses sommets majestueux. Que le dey au Djurdjura de nous suivre dans la plaine ! »
Devant l’ingéniosité et la ténacité des Beni Yenni, le conflit se termina par un accord. Le dey, impressionné par leur habileté et leur résilience, fit construire une mosquée de style ottoman dans le village d’Aït Larbaa en signe de réconciliation. Mais l’histoire des faussaires de Beni Yenni reste bien plus qu’une anecdote. Elle est le témoignage d’un peuple fier et ingénieux, prêt à se dresser contre l’oppression avec l’arme de la création et de l’audace.
Ainsi, entre la beauté de ses bijoux et l’éclat de ses montagnes, Beni Yenni conserve, dans les replis de son histoire, l’écho d’un défi lancé aux puissants, transformant une lutte économique en acte de résistance immortel.
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