Genève, 2 Mars 2026.
Le défenseur des droits humains togolais-irlandais Abdoul Aziz Goma est intervenu publiquement ce lundi 2 Mars 2026 à Genève, dans le cadre de la 61ᵉ session du Conseil des droits de l'homme des Nations unies.
Lors de cet événement organisé en marge des travaux officiels, il a livré un témoignage poignant sur ses années de détention au Togo, dénonçant les mauvais traitements subis et appelant la communauté internationale à renforcer son soutien aux défenseurs des droits humains.
«Sept années derrière les barreaux»
Arrêté fin 2018 dans un contexte de manifestations contre le pouvoir togolais, Abdoul Aziz Goma avait été accusé d’avoir aidé logistiquement de jeunes manifestants pacifiques. Selon ses soutiens, il aurait notamment pris en charge les frais de logement de certains d’entre eux.
Condamné à dix ans de prison, il a passé près de sept ans en détention dans des conditions qualifiées d’arbitraires et cruelles par plusieurs instances internationales.
En janvier 2026, il a été libéré sous conditions. Mais son nom demeure associé à la situation des prisonniers politiques au Togo.
Une grève de la faim alarmante.
Avant sa libération, son état de santé avait suscité une vive inquiétude. Il avait entamé une grève de la faim le 8 novembre, rejoignant une trentaine d’autres détenus.
La Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor, s’était déclarée « extrêmement inquiète » pour sa santé. Selon des informations relayées par son équipe, il ne pesait plus qu’environ 50 kilos et aurait été hospitalisé.
« Il est détenu arbitrairement au Togo depuis 2018 », rappelait alors Michael Phoenix, membre de l’équipe de la rapporteuse spéciale. «Il a déjà passé près de sept ans en détention et a subi des actes de torture.»
L’ONU demande sa libération immediate.
En 2023, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire avait rendu un avis concluant que sa détention violait plusieurs dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Mary Lawlor a, à plusieurs reprises, saisi les autorités togolaises pour demander sa libération immédiate, estimant qu’il s’agissait d’un défenseur des droits humains poursuivi pour son engagement civique.
Tensions diplomatiques avec l’Union européenne.i
L’affaire a également pris une dimension diplomatique. Après l’adoption d’une résolution du Parlement européen appelant à sa libération, les autorités togolaises ont convoqué l’ambassadeur de l’Union européenne au Togo pour « ingérence ».
L’Unin Européenne évoquait de « graves tortures » et une dégradation significative de son état de santé, mentionnant notamment des dommages neurologiques et une mobilité réduite nécessitant une assistance médicale urgente.
Lomé a, pour sa part, rappelé que « la justice togolaise s’exerce en toute indépendance ».
Un symbole plus large : la question des prisonniers politiques.
Le cas Goma s’inscrit dans un contexte plus large. Une dizaine d’organisations togolaises de défense des droits humains ont récemment publié un appel commun exprimant leurs inquiétudes concernant la situation des prisonniers politiques, notamment celle de Yaya Souleymani, détenu depuis 2018 sans jugement et hospitalisé depuis plusieurs mois.
Monzolouwè Atcholi Kao, président de l’Association des victimes de la torture au Togo (ASVITTO), avait déploré le rejet d’une demande de mise en liberté provisoire, pourtant soutenue par des analyses médicales. Monsieur Atcholi soulignait que l’État ne prend pas en charge les frais médicaux des détenus.
À Genève, un appel à la vigilance internationale.
À la tribune onusienne, Abdoul Aziz Goma a insisté sur la nécessité d’une mobilisation continue de la communauté internationale :
« Les défenseurs des droits humains ne doivent pas être laissés seuls. La justice et la dignité ne sont pas négociables. »
Son intervention marque un tournant symbolique : après des années d’emprisonnement, sa voix résonne désormais dans l’enceinte des Nations unies.
Reste à savoir si cet appel trouvera un écho concret auprès des États membres.
Le cas Goma constitue une opportunité stratégique pour relancer la mobilisation ; Il doit servir à démontrer, au plan international, le triste symbole que représente le Togo en matière de violations des droits humains et de torture ; Une communication structurée devra être mise en place après cette audition historique d'Aziz Goma.
Une réalisation de Joseph Takeli.
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