Colloque annuel YVES OLTRAMARE 2022 - Femmes de pouvoir religieux
CONFÉRENCE D’OUVERTURE« GENRE ET RELIGION » par MARIEL MAZZOCCO, Chargée de cours et collaboratrice scientifique, Faculté de théologie, Université de Genève
Il est souvent tenu pour acquis que Dieu, ou tout au moins ses servants, sont volontiers misogynes. La religion serait par définition un appareil traditionaliste de soumission des femmes qu’elle renverrait à leurs trois K (Kirche, Küche, Kinder), le port du voile étant, dans l’islam comme dans le judaïsme, le christianisme (au moins méditerranéen) et l’hindouisme, l’un des symboles de leur subalternité. Or, les femmes n’ont jamais cessé d’être détentrices de pouvoirs religieux. L’arbre de l’Église catholique romaine, qui les en tient désormais à l’écart, ne doit pas cacher une forêt autrement plus fournie de prérogatives, de magistères et de compétences, parfois redoutées ou prestigieuses. L’asymétrie genrée du pouvoir dans les institutions religieuses semble surtout caractériser un moment historique précis, celui du patriarcat que consacrent le capitalisme mercantiliste au XVIIe siècle, puis le triomphe industriel de la bourgeoisie et l’émergence de la catégorie de la sexualité au XIXe siècle, et que diffuse à l’échelle globale l’expansion impériale européenne. Dans l’Antiquité tardive, au Moyen Âge et jusqu’au milieu du XVIIe siècle, les femmes exerçaient de vraies responsabilités religieuses au sein même de l’Église catholique, notamment dans le système monastique.
Aujourd’hui, et de par le monde, les sociétés politiques sont engagées dans un processus de redéfinition des rapports de genre et des représentations de la féminité et de la masculinité. Les institutions religieuses ne restent pas à l ‘écart de cette évolution, soit pour y contribuer, notamment en offrant aux femmes des opportunités de participation à l’espace public, soit pour inspirer des révolutions conservatrices qui tendent à remettre en cause leurs droits et ceux des LGBTQ+, y compris en leur sein.
Le croisement des regards de l’histoire, de la théologie et des sciences sociales du politique devrait permettre de mieux comprendre le pouvoir des femmes dans la cité de Dieu (et de César), et les enjeux de son exercice ou de son recul. Pour la nécessité d’un raisonnement comparatif rigoureux le colloque s’en tiendra provisoirement à l’examen des « trois monothéismes », à savoir le judaïsme, le christianisme et l’islam.
Responsable scientifique Jean-François Bayart
Professeur à l’Institut des hautes études internationales et du développement
Titulaire de la chaire « Religion et politique dans le monde contemporain », Genève
Lundi 24 octobre 2022
Maison de la paix, Geneva Graduate Institute
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