Gafsa, 10 000 Ans d’Histoire Sous les Palmiers
Imaginez une ville où le temps n’a jamais vraiment passé. Où les palmiers murmurent des secrets vieux de dix mille ans. Où l’eau chaude jaillit encore des sources romaines, comme un cadeau ininterrompu des anciens. Bienvenue à Gafsa, la perle cachée du sud tunisien.
Au lever du soleil, l’oasis s’éveille doucement. Les dattiers se dressent comme des sentinelles contre les montagnes arides. Et déjà, au cœur de la ville, on entend les éclats de rire des enfants qui plongent dans les piscines romaines.
Ces bassins, creusés il y a plus de deux mille ans, sont toujours là. L’eau thermale, chaude et limpide, coule sans relâche. Les Romains venaient s’y baigner, y comploter, y rêver. Aujourd’hui, ce sont les Gafsiens qui en ont fait leur piscine municipale. Je m’assieds au bord, les pieds dans l’eau, et je sens l’histoire me frôler.
En face, le petit musée archéologique garde jalousement ses trésors. Parmi eux, la Mosaïque de Vénus à la pêche. Vénus, nue et gracieuse, entourée d’Amours qui pêchent avec des filets délicats. Les couleurs sont encore vives, presque vivantes. On dirait qu’elle va se lever et plonger dans les piscines d’à côté. Cette mosaïque du IVe siècle raconte la richesse de l’Afrique romaine : un monde de plaisirs, de commerce et de beauté.
Mais Gafsa va bien plus loin dans le temps. À une dizaine de kilomètres au nord, sur le site d’El Mekta (ou El Magtaa), s’étendent les traces de la culture capsienne. Il y a dix mille ans, des chasseurs-cueilleurs nomades s’arrêtaient ici. Ils taillaient le silex avec une précision d’orfèvre, enterraient leurs morts avec soin, et laissaient derrière eux des montagnes d’escargots grillés. C’était le début de l’art, de la conscience, de la mémoire humaine en Afrique du Nord.
Puis vinrent les Romains, qui firent de Capsa une forteresse du limes. Ensuite les Byzantins, qui bâtirent la Kasbah pour se protéger des tribus berbères. Ses murailles massives, ses tours rondes, ses portes en ogive… Elles dominent encore le centre-ville, gardiennes silencieuses d’une histoire tumultueuse. Aujourd’hui, le marché s’installe dans son ombre, et la vie continue, comme si les sièges et les batailles n’avaient été que des rêves.
Et puis il y a la nature, sauvage et grandiose. À une heure de route, les Gorges de Selja s’ouvrent comme une blessure rouge dans la terre. Des falaises vertigineuses, des tunnels creusés par l’eau et par les Romains, un oued qui serpente au fond. Le vieux train minier, le « Lézard Rouge », glisse lentement entre les parois. On dirait un décor de western tunisien, mais c’est bien réel. Assis dans le wagon ouvert, le vent chaud dans les cheveux, on se sent minuscule face à des millions d’années de géologie.
Gafsa n’est pas une ville-musée figée. C’est une oasis vivante, où l’eau, le phosphate, les dattes et l’histoire se mêlent. Où les enfants jouent dans les ruines romaines, où les anciens racontent des légendes capsiennes autour d’un thé à la menthe.
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