Doc 1 :
George Gallup(1908-1984) Sondages d’opinion et démocratie
Extrait de Public Opinion in a Democracy,
Stafford Little Lectures, Princeton University, 1939
Traduit de l'anglais par Dominique Reynié
La théorie démocratique est aujourd'hui mise en cause à travers le monde. Hitler brocarde les
« masses stupides », la « bêtise granitique du genre humain » et ne considère pas les gens ordinaires autrement que comme un « troupeau d'électeurs ». Pour lui, le gouvernement démocratiqueet parlementaire est celui des « incompétents et des ignorants ». Son partenaire de l'Axe, Mussolini, proclame bruyamment que le fascisme a « jeté aux ordures » la « théorie sans vie » du gouvernement démocratique. Ce défi lancé aux principes démocratiques soulève deux questions fondamentales. La première est de savoir si la démocratie est la meilleure forme de gouvernement. Il est évident qu'une écrasante majorité des Américains pense cela. Les traditions de la liberté individuelle, de la libre parole, du droit de s'assembler et du débat public sont si profondément enracinées dans cette Nation que l'idée d'un gouvernement dictatorial suscite la répulsion instinctive des Américains.
Dans toute confrontation entre l'idéologie démocratique et l'idéologie totalitaire, le choix du
peuple américain est éminemment clair. La seconde question fondamentale concerne la manière
dont la démocratie peut être rendue plus efficace. Un gouvernement doit rester en alerte, il doit
s'adapter à des conditions toujours changeantes, il doit sans cesse chercher à éprouver et perfectionner
ses modes d'action. Un gouvernement n'est pas un ensemble de principes abstraits ; c'est
un organisme en mouvement qui vit ou meurt selon l'efficacité avec laquelle il conduit sa force.
L'un des principaux avantages mis au compte du totalitarisme est l'efficacité de son administration.
Quand la volonté d'une nation est en fait la volonté d'un seul homme, l'action rapide et efficace
est possible — les problèmes peuvent être posés et résolus rapidement, même s'il s'agit pour
le moins d'une efficacité à court terme. D'un autre côté, dans une démocratie, le peuple tout entier
a le droit de trancher de grands débats de politique publique. C'est un processus lent et jamais
achevé. Nous n'avons une élection nationale que tous les deux ans. Dans un monde où tout change
aussi rapidement comme on peut le constater aujourd'hui, il est souvent préférable de connaître la
volonté du peuple à propos des grandes questions de politiques publiques et à des intervalles de
temps plus courts. Nous ne pouvons pas poser des problèmes et dire ensuite : « laissons les
prochaines élections en décider ». Les événements n'attendent pas les prochaines élections. Nous
avons besoin de connaître la volonté du peuple à chaque instant. Si nous parvenons à cette connaissance
de la volonté du peuple à chaque instant, l'efficacité de la démocratie s'en trouvera accrue,
parce que nous pourrons substituer une connaissance spécifique de l'opinion publique aux
tâtonnements et aux spéculations actuels. C'est par une information sur le véritable état de
l'opinion publique que les hommes politiques peuvent accéder aux aspirations de l'électorat et
concevoir des projets de gouvernement. Ils peuvent savoir quel degré d'opposition suscite tel ou tel
projet et quels efforts seront nécessaires pour gagner le soutien du public. La tâche d'initier l'action
publique relève, comme toujours, de la responsabilité des hommes politiques. Mais la volonté
collective ou les attitudes du peuple doivent être étudiées sans plus tarder.
La volonté du peuple
Comment connaître la volonté du peuple à chaque instant ? Avant de répondre à cette question,
je voudrais examiner quelques-unes des principales voies par lesquelles, aujourd'hui,
s'exprime l'opinion publique. La plus importante de ces voies est évidemment l'élection nationale.
L'élection est la seule expression du jugement public qui soit à la fois officielle et capable de
contraindre. Mais, considérées d'un point de vue strictement objectif, les élections expriment
l'opinion nationale de manière confuse et imparfaite. En premier lieu, elles interviennent trop
rarement. En second lieu, ainsi que Bryce l'avait pointé dans The American Commonwealth, il est de
fait impossible de distinguer les programmes des candidats. Comment pouvons-nous savoir si le
public vote pour un homme ou pour son programme ? Comment est-il possible de savoir si toutes
les propositions d'un même candidat sont approuvées par les électeurs ou si ceux-ci approuvent
certaines propositions tandis qu'ils en rejettent d'autres ? Or, la société devient chaque jour plus
complexe, la tendance est d'avoir de plus en plus de programmes à chaque nouvelle élection.
Quelques-uns seulement peuvent être discutés ; les autres non. Supposons qu'un candidat à une
charge élective prenne position sur quelques grands enjeux discutés pendant la campagne. S'il est
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